Trier, choisir être
- The Nest

- 2 déc. 2025
- 2 min de lecture
Le moment du tri est arrivé. J’ouvre mes placards, tiroirs, malles et me retrouve face à des piles de vêtements, objets et papiers. Aussitôt, les souvenirs affluent : la robe de ce premier rendez-vous, les espoirs qu’elle portait, la blessure d’une trahison. Cette enveloppe de rêves et d’objectifs précieusement conservée, pour une rencontre qui n’a jamais eu lieu. Je prends ces objets dans mes mains et je sens que ce tri ouvre quelque chose en moi de plus profond.

Qui suis-je ?
Trois mots simples, une question courte. Simple en apparence. En apparence seulement... Car derrière cette simplicité se cache un univers complexe : celui de notre identité.
Pendant longtemps, je ne me la suis pas posée. Pourquoi l’aurais-je fait ? J’avançais, guidée par des « il faut », « je dois », des conventions qui me semblaient alors évidentes, indiscutables : construire une famille, acheter un appartement ou une maison, réussir professionnellement… Tout était écrit, tracé, automatique.
Jusqu’au jour où des séismes ont ébranlé ce monde que je croyais solide.
Deux fois, ma vie a été ébranlée. Deux fois, j’ai dû me reconstruire. Ces expériences ont été douloureuses, mais elles ont ouvert une brèche.
D’abord le divorce : du jour au lendemain, je me suis retrouvée dans une obscurité totale. Seule. Tous mes repères éparpillés, comme des éclats sur le sol. Pour la première fois, j’ai commencé à m’interroger. J’ai réalisé que beaucoup de mes choix n’étaient pas vraiment les miens. Ils avaient été pertinents à un moment de ma vie… Mais étaient-ils encore alignés avec mes désirs ? mes valeurs ?
Cette introspection fut un premier pas… superficiel...
Puis la perte d’un emploi. De nouveau, dans le noir. Et cette fois, j’ai dû creuser plus profond. J’ai découvert des parts de moi que j’ignorais. J’ai appris, pas à pas, à être moi-même, à me détacher des attentes des autres, à faire tomber ces « il faut » et « je dois » qui m’avait façonnée pour écouter ce qui compte vraiment pour moi. J’ai compris mes valeurs, mes besoins.
Ce déménagement est plus qu’un simple changement d’adresse. C’est une nouvelle étape de ce chemin intérieur. Je trie des objets… et avec eux, mes priorités, mes croyances. Je choisi de me faire passer en premier. Je choisis ce que je veux, ce qui me ressemble, ce qui me nourrit.
Chaque fois que j’ouvre un placard, je ne me demande pas seulement si c’est utile, ou beau. Je me demande : « est ce que ça me ressemble ? », « est-ce que ça soutient la personne que je deviens ? Ce à quoi j’aspire ? ».
Les piles de cartons et les sacs à jeter deviennent des déclarations. Chaque objet devient un symbole.
Garder, c’est m’ancrer. Donner ou jeter, c’est me détacher.
Ce carton « à conserver » contient plus que des objets : il contient mes essentiels, mes vérités, ce qui me fait du bien. Et ce sac « à donner », ce sont des bribes d’anciennes version de moi. Ce que je jette enfin, ce sont des personnages que je ne veux plus jouer, des souvenirs silencieusement alourdissants.
Et je remarque une chose : plus mes étagères se vident, plus je respire.
Plus je respire, plus je me sens moi.
Alors, je continue de trier.
Je conserve ce qui m’ancre, je laisse partir ce qui m’éloigne.
Je choisis d’être.
Un geste à la fois.





Merci pour le partage, j’espère que les choses que tu veux jeter vont trouver preneur autre que les poubelles ou le recyclage.
Excellent