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Le sac à dos d’attentes

  • Photo du rédacteur: The Nest
    The Nest
  • 11 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Il m’est longtemps arrivé de croire que certaines choses allaient de soi. Que les autres comprendraient sans que je dise, qu’ils devineraient ce que je ressens, ce que j’espère, ce que je tais.

Je pensais que l’intuition suffirait, que la proximité, le lien, l’histoire partagée suffiraient à combler les silences.

Mais avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas toujours juste. Ni pour moi, ni pour eux.

 

Je me suis rendu compte que je portais un sac à dos invisible, rempli d’attentes. Certaines étaient légères, presque imperceptibles. D’autres pesaient lourd. Et souvent, les autres ne savaient même pas qu’ils étaient censés les porter avec moi.



Récemment, je suis partie en vacances avec une amie. Le deal était simple : je m’occupais des billets d’avion, du logement et des restaurants. Elle, des activités sur place. Mais implicitement, j’attendais qu’elle gère aussi les trajets, les horaires, les détails logistiques. Pour moi, ça allait de soi. Inconsciemment, j’espérais qu’elle anticipe, qu’elle réagisse comme je l’aurais fait. Et comme ce n’était pas le cas, je me suis sentie déçue.

Un différend a éclaté pendant le séjour, justement à propos de la logistique. Et c’est là que j’ai compris : je portais des attentes sans les nommer. Des attentes implicites, parfois irréalistes. Et ce n’était pas la première fois.

 

Certaines de ces attentes ne venaient même pas de moi. Elles étaient héritées de films, de récits, modèles, de gestes censés prouver l’amour, l’amitié, la loyauté. Je les avais adoptées sans les interroger. Et je les avais posées, là, entre moi et les autres, comme des balises invisibles.

J’ai voulu comprendre ce qui me pesait. Alors j’ai ouvert ce sac à dos et j’ai commencé à regarder ce qu’il contenait : de nombreux papiers froissés sur lesquels j’avais écrit sans le savoir : « qu’on soit présent sans que je demande », « qu’on me comprenne sans que je parle ». Il y avait aussi un carnet de gestes attendus jamais exprimés : un message spontané, une attention particulière. Des cailloux, petits et gros, ramassés au fil des années, chaque fois qu’une attente silencieuse n’avait pas été comblée. Une veille boussole déréglée par des récits qui ne sont pas les miens, toujours tournée vers des idéaux relationnels que je n’ai jamais choisis.

Tout au fond du sac, il y avait un espace vide. Celui que je n’avais jamais laissé aux autres pour être simplement eux-mêmes ; pour des liens plus vrais, moins lourds, pour voir les autres tels qu’ils sont et non tel que je l’espérais.

 

Aujourd’hui, dans ce Grand Tri de l’Avent, je regarde ces attentes avec plus de bienveillance que de sévérité. Je ne cherche pas à les effacer, mais à les reconnaître, à les nommer et les alléger. Je réalise que certaines d’entre elles m’ont éloignée des autres plus qu’elles ne m’ont rapprochée.

 

Je n’attends plus que les autres soient parfaits, constants, devins. Je leur laisse la liberté d’être eux-mêmes. Et je me donne celle de dire ce que je ressens, sans attendre qu’on le devine.

 

Ce tri ne m’a pas rendue plus dure. Il m’a rendue plus claire.

Et dans cette clarté, je me retrouve. Plus légère. Plus juste. Plus proche.

 

Je conserve le droit de dire ce que je ressens, simplement et clairement.

Je mets de côté les attentes implicites, celles qui pèsent sans être nommées.

Je renouvelle ma manière d’entrer en lien : plus explicite, plus libre, plus vraie.


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